L’ange et la femme

16102011

Trois concerts hier soir pour clore cette intense et belle semaine de festival: Alela Diane, Asa, King créole & the coconuts, mais je n’ai pas vu le troisième groupe car j’avais emmené Joséphine, elle était fatiguée et on est rentrées.

Alela Diane: un concert bleu. Voix puissante, magnifique, ballades merveilleuses. Mais, comment dire, je n’ai pas été transportée. C’est un ange qui chante, c’est séraphique, d’une beauté évidente. A savourer, je trouve, allongée seule par terre, dans le noir. Tout au moins chez soi, ou encore, peut-être, dans une toute petite salle de concert vraiment intimiste, genre un caveau. Mais quand même, moi, dans un concert, j’aime qu’il y ait de l’adrénaline, du transport, de l’exultation, du désordre, de l’humanité, quoi.

 Asa a donné tout cela. Ce fut un concert orange. Orange vif! Quel adorable petit bout de femme avec sa robe à froufrous, son gros chignon (sa choriste arborait le même), ses grosses lunettes rigolotes! On aurait dit une petite secrétaire ambiguë, sage et fofolle. Elle a passé son temps à titiller le public, à le haranguer, le taquiner, le tancer de ne pas savoir répéter correctement ceci ou cela, s’adressant aux nancéens dans un mélange d’anglais et de français. Il fallait par exemple répéter son prénom, Asa (à prononcer Asha), d’une manière très douce, « like a wave ». J’ai adoré ce côté égocentrique, regardez-moi admirez-moi applaudissez-moi. Plus fort ! Elle a joué de la trompette, et aussi offert une merveilleuse petite chorégraphie parfumée aux épices nigériennes. De là où j’étais, je ne pouvais voir ses jambes, mais j’entendais les cliquetis de ce qui devaient être les bracelets à ses chevilles. Asa est une jolie petite femme noire, bondissante, gaie, sa voix est chaleureuse, colorée. Elle commence un morceau qui a la suavité d’un standard de jazz, puis tout à coup, surprise, la musique repart dans des sonorités plus funky ou rock. J’ai adoré le bassiste pour son funk, justement. Asa, une chanteuse charismatique, une bête de scène. Une gazelle de scène. Je veux la revoir!

 

http://www.deezer.com/fr/music/asa




Jam !

12102011

Du coup, je réécoute mes disques des Rita Mitsouko. Et surtout Jam, le dernier titre de l’album Cool Frénésie. Ce morceau est terrible, séraphique, onirique, une merveille, six minutes quarante de lévitation…




L’allumeuse

12102011

Concert de China Moses à la Manufacture, Nancy, 11 octobre 2011.

Surtout, les filles, je vous déconseille d’aller voir China Moses avec votre mec, si vous êtes du genre jaloux, car cette chanteuse est de l’engeance redoutable de ces femmes qui éclipsent toutes les autres. Une vraie panthère, la sensualité de Dinah Washington dont elle se réclame l’héritière, la gouaille et la façon sauvage et désinhibée de danser de Tina Turner, quelque chose d’elle aussi dans le sourire léonin. Il m’énerve aussi, ce sourire immense et ravageur, avec ses, quoi!  cinquante-six dents? … plus étincelantes que tous ses bracelets clinquants, que ses vertigineuses chaussures dorées de drag-queen. Avec ça, une façon de chanter et parler en anglais tellement …années vingt, des épaules noires lustrées,  une voix très puissante, un vrai talent de conteuse, de l’esprit, de l’humour très piquant et égrillard -comme si ça ne suffisait pas, comme si la salle n’était pas assez surchauffée, mais tais-toi China! ….




La grande Catherine

11102011

Concert de Catherine Ringer du 10 octobre au festival Nancy Jazz Pulsation. Tournée Ring’N Roll

Catherine Ringer me fait penser à la sorcière dans Blanche-Neige, le dessin animé de Walt Disney (1937). Elle est comme elle sinueuse, noire, inquiétante, yeux charbonneux, lèvres rouge sang, rire brillant presque carnassier. Et terriblement belle, car bien sûr, à mes yeux, la sorcière est infiniment plus belle, plus piquante que cette potiche de Blanche Neige, cette pauvre nunuche dont l’idéal de vie est d’aller épousseter-ranger-nettoyer-briquer-lustrer la petite maison des sept nains!

La sorcière, ah! la sorcière! Je ne sais pas si vous avez remarqué à quel point elle est sexy, cette longue dame aux yeux de biche, avec sa cape immense. Pas étonnant que Catherine ait choisi un tel personnage pour une chanson….La sorcière et l’inquisiteur : http://www.youtube.com/watch?v=FE4abhbyLKU

Elle, Catherine, elle a des philtres magiques qui se répandent dans les vapeurs colorées de ses projecteurs, elle apparaît dans ces nuées comme une vestale, elle roule de gros yeux sombres de démente et les promène sur son public en donnant l’impression à celui-ci d’être vraiment regardé par quelqu’un d’humain qui est là, tout près…chaleureux, vivant. Quand elle sourit, ce sourire s’adresse à vous. Quand elle crie, c’est un vrai cri, il n’y a personne qui sache crier comme elle. Ecoutez ses cris dans La sorcière et l’inquisiteur, et ceux de sa superbe reprise de L’hôtel particulier (Serge Gainsbourg) dans l’album Système D, vous n’en reviendrez pas de ce que Catherine sait faire, ose faire. Ses grimaces, sa pantomime, son rire provocateur, son chignon de danseuse flamenca avec une mèche indomptée,  sa voix extensible, basse pour l’inquiétude, aiguë pour la folie ou la délicatesse -dans Les petites filles notamment-. Sa voix de cantatrice ou de poissonnière! D’amante, d’amie, de connasse aussi (dans Andy, j’adore sa voix de conne) http://www.youtube.com/watch?v=1C7nX7GekLg

Pour moi elle incarne à la fois dans son attitude, dans sa façon expressionniste de chanter, dans ses textes et dans sa musique, un idéal de femme: libre, féroce, et toutes les rimes en « ante » qui vous viendront à l’esprit: étonnante, provocante, méchante, aimante, indépendante, insolente, pétulante, extravagante, électrisante, exaltante, truculente, désirante, effervescente, flamboyante, renversante. Puissante. Ensorcelante. C’est incroyable comme elle sait mêler les registres: la sophistication et la rudesse, le  romantisme et l’ironie, le littéraire et le vulgaire, le sublime et le bas…ça s’entrechoque, et ça fait d’elle ce personnage inimitable de la scène française, ce trublion féminin qui a accompagné depuis leurs années collège tous ceux qui ont mon âge ou à peu près (citez-moi une fête, une seule, où vous n’avez pas dansé sur Marcia Baila!!)

Mes impressions persistantes : une pluie de watts sur la tête et les déflagrations des haut-parleurs jusque dans la cage thoracique, le festival porte bien son nom… pulsations… La présence enfiévrée de milliers de gens, les ovations, un vrai tonnerre pour acclamer la belle, l’impressionnante Catherine. L’énergie de ce tout frêle et jeune garçon, guitariste extatique, virtuose blond, dont j’apprendrai que c’est le fils, Raoul Chichin, capable de tout faire comme Jimi, même la guitare derrière la tête. Le fantôme du grand Fred, compagnon regretté dont Catherine rappelle la présence, avec pudeur et légèreté (« on était complètement bourrés quand on a écrit cette chanson« ).  La chanson Punk 103, exxxtraordinaire expérience synesthésique, rimbaldienne*, les trois grâces complètement déchaînées à mes côtés, les ados et les presque mémés (je ne m’inclus dans aucune catégorie !) qui se dandinent et bondissent avec la même exxxultation, le mec exxxtravagant avec des dreads d’un kilomètre de long, une bière cavaleuse, un pauvre sandwich pas exxxquis, une exxx élève rencontrée qui faisait partie du staff, une exxxpo photo avec un deuxième lauréat super, une soirée … exxxceptionnelle !

 

Et encore bravo et merci Benoît. Benoît Felten a remporté le deuxième prix du concours photo NJP et comme il n’a pas pu venir en Lorraine, il m’a offert les billets gagnés…www.apprentiphotographe.com

 

* C’est le bleu, le bleu qui me coule par les yeux 

Et ça me saoule… 

Le bleu non n’aime personne 

Il s’en fout et il cogne quand il se fout en rogne…. 

 

La sorcière dans le ballet de Prejlocaj:

preljocajblancheneigecavalca07.jpg  catherinegpregardh192.jpg

Autres images du magnifique ballet Blanche Neige d’Angelin Preljocaj (disponible en DVD): Attention, je ne suis pas du tout du tout d’accord avec la critique assassine, ce ballet est une pure merveille! A voir, cette page, pour les photos:

http://www.forum-dansomanie.net/pagesdanso/critiques/cr0038_angelin_preljocaj_blanche_neige_biennale_lyon_28_09_2008.html

http://www.deezer.com/fr/music/catherine-ringer

L’hôtel particulier, Serge Gainsbourg:

http://www.youtube.com/watch?v=JQDbZ-U0kDI




Des amis et des livres

11102011

Petit moment presque joyeux, hier, dans des circonstances dramatiques.

Salut à  Germain: le petit garçon d’autrefois à la Grange au Bois est toujours là, dans l’enthousiasme, les grands yeux, les mille projets.

Salut à Victor, le polyglotte discret, l’écrivain russe dont je ne peux hélas goûter les expressos littéraires (beh, diciamo gli espressi!)

Salut à Emmanuelle, par le deuil bouleversée, et que son bébé bientôt va consoler.

Et salut Alexandra, qui s’en est pris plein la figure, avec son stoïcisme légendaire, qui à cette heure doit en sourire, je pense…

 

Espère pouvoir à nouveau parler ainsi de livres avec vous, d’une manière absolument pas snob et convenue.




Taquinerie

10102011

C’est une fontaine tellement secrète et ombreuse

qu’il t’a fallu la chercher, au coeur de la ville tapageuse.

La tienne, pourtant.

Celle qui te retient dans son réseau vibrant,

qui porte tes pas.

Te voilà.

Les arbres qui me cachent sont plus petits que toi,

Le ciel est moins vaste

La lumière n’a pas ton éclat.

Entre les feuilles elle me taquine

Bien moins que ne le fait ta voix.




à toi plus qu’à moi

8102011

Pour que tu m’entendes
mes mots
parfois s’amenuisent
comme la trace des mouettes sur la plage.

Collier, grelot ivre
pour le raisin de tes mains douces.

Mes mots je les regarde et je les vois lointains.
Ils sont à toi bien plus qu’à moi.
Sur ma vieille douleur ils grimpent comme un lierre.

Ils grimpent sur les murs humides.
Et de ce jeu sanglant tu es seule coupable.

Ils sont en train de fuir de mon repaire obscur.
Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.

C’est eux qui ont peuplé le vide où tu t’installes,
ma tristesse est à eux plus qu’à toi familière.

Ils diront donc ici ce que je veux te dire,
et entends-les comme je veux que tu m’entendes.

Pablo Neruda, Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée. Extrait

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Ne pas penser

8102011

« Celui qui a jeté un regard pénétrant sur les choses devine sans peine quelle sagesse il y a dans la superficialité des humains. C’est leur instinct de conservation qui leur apprend à être inconscients, légers et faux. »  

 Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal.




Se l’aura spira

1102011

Image de prévisualisation YouTube

J’ai un très gros faible pour les contre-ténors. Se l’aura spira est une aria de Girolamo Frescobaldi sur laquelle je travaille avec mon professeur de chant Laurent Bajou*. J’ai trouvé l’interprétation de Franco Fagioli délicieuse. Les autres font ça à un tempo d’enfer, tout ça parce qu’un gugusse a écrit allegro sur la partition, mais cette indication n’est pas de Frescobaldi (1583-1643).

Deuxième pièce: A miei pianti al fine un dì” (1630, Primo Libro d’Arie Musicali)

Enfin, voilà en tout cas un chanteur (argentin) qui mérite d’être davantage connu, c’est fou ça, sur Youtube personne ou quasiment ne l’a écouté.

Pour écouter Franco Fagioli (extraits) : http://www.allmusic.com/album/canzone-e-cantate-w264807/tracks

Se l’aura spira tutta vezzosa, la fresca rosa ridente sta, la siepe ombrosa di bei smeraldi d’estivi caldi timor non ha. Al canto, al canto, ninfe ridenti, Scacciate i venti di crudeltà. A balli, a balli, liete venite, ninfe gradite, fior di beltà. Or, che sì chiaro il vago fonte dall’alto monte al mar sen’ va. Al canto, al canto, ninfe ridenti, Scacciate i venti di crudeltà. Suoi dolci versi spiega l’augello, e l’arboscello fiorito sta. Un volto bello all’ombra accanto sol si dia vanto d’haver pietà. Al canto, al canto, ninfe ridenti, Scacciate i venti di crudeltà.

* Laurent Bajou fait partie de L’Ensemble Paschal de l’Estocart, un ensemble a cappella. Il est aussi chef de choeur.

http://www.myspace.com/ensemblepaschaldelestocart

Page sur Frescobaldi (en italien) : http://www.parodos.it/musica/girolamo_frescobaldi.htm

Bon anniversaire papa si tu me lis!




Le désir mimétique de Paolo et Francesca

30092011

Ou la persuasion, non plus de soi-même, mais du texte. Le désir textuel !!

Le désir mimétique est une théorie passionnante de René Girard, spécialiste de Shakespeare. 

Au chant V de l’Enfer, Dante raconte comment c’est la lecture d’un roman chevaleresque (précisément le récit d’un baiser échangé entre Lancelot et Guenièvre) qui a conduit Francesca da Rimini et Paolo Malatesta  à commettre le péché de chair, aggravé par la faute d’adultère, car Francesca est l’épouse de Gianciotto Malatesta, le frère de Paolo. Leur histoire se termine tragiquement… C’est donc le texte qui est à l’origine de leur perte, qui embrase leur coeur (ou leurs sens seulement…) par une sorte de désir mimétique. Maléfique et funeste pouvoir que celui de la littérature!  

 

Noi leggiavamo un giorno per diletto
di Lancialotto come amor lo strinse;
soli eravamo e sanza alcun sospetto.

Per più fiate li occhi ci sospinse
quella lettura, e scolorocci il viso;
ma solo un punto fu quel che ci vinse.

Quando leggemmo il disiato riso
esser basciato da cotanto amante,
questi, che mai da me non fia diviso,

 

la bocca mi basciò tutto tremante.
Galeotto fu ‘l libro e chi lo scrisse:
quel giorno più non vi leggemmo avante.
  

(Inferno, Canto V, versi 133-138)

« Nous lisions un jour par plaisir/ de Lancelot et comment amour le saisit/ nous étions seuls et sans aucun soupçon./ plus d’une fois nous fit lever les yeux / cette lecture, et pâlir le visage: / mais seul fut un point qui nous vainquit/ quand nous lûmes le rire désiré/ être baisé par un tel amant/ lui qui jamais de moi ne sera séparé/ me baisa la bouche tout tremblant: Galehaut fut le livre et qui l’écrivit/ ce jour-là nous ne lûmes plus avant. »

Le dernier vers cité est sans doute la plus belle litote, le plus habile et suggestif understatement, le vers le plus érotique de toute la littérature: « ce jour-là nous ne lûmes plus avant »…. 

 

L’épisode a beaucoup inspiré les peintres, et nombre d’entre eux ont choisi de représenter les deux amants échangeant un bisou courtois, le livre jeté à terre dans un léger désordre de draperies. D’autres ont accentué la faute, ou opté pour une mise en scène théâtrale: l’arrivée de Gianciotto, pile poil au mauvais moment! Ou encore la mort de Paolo et Francesca (Alexandre Cabanel notamment). Auguste Rodin (qui en 1906 a fait un Ugolin saisissant) a été très inspiré par l’ oeuvre gigantesque qu’est la Divine Comédie, et il a illustré l’histoire de Paolo et Francesca. D’une manière très très différente! En effet il a sculpté le célébrissime  Baiser que tout le monde a en tête, mais aussi le groupe ci-dessous. En tout cas, dans une oeuvre comme dans l’autre, on n’est plus du tout dans le baiser courtois mais complètement dans le chavirement érotique … Sacré Auguste !

 

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 Marbre, 1887 -1889 

Voit-on ici Francesca éplorée sur le corps de son amant, juste avant qu’elle-même soit tuée?

Je vous renvoie à la page ci-dessous qui vous permettra de voir une riche collection d’oeuvres représentant Paolo et Francesca. Il y a aussi la traduction d’André Pézard, très maniérée et désuète, mais qui a un certain charme, je trouve.

http://www.faisceau.com/enf_ar_pao.htm

Ainsi qu’à cette page qui concerne La Porte de l’Enfer:

http://www.musee-rodin.fr/scuenf1.htm

Ensuite, pour ceux et celles qui parlent italien, mais pourquoi pas pour les autres aussi, voici Vittorio Gassman disant ce passage du chant V, Vittorio Gassman et son beau visage de prophète, sa diction irréprochable et sensible, son incommensurable talent. Une performance époustouflante !

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