Billy Brouillard

18062009

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Billy Brouillard ,le don de Trouble-vue, par Guillaume Bianco

 A mille lieues de toutes les mièvreries que l’on donne en pâture aux enfants lecteurs, à des années-lumière de la nigauderie sentimentale et moralisatrice, Billy Brouillard est un chef-d’oeuvre d’humour noir, d’ironie macabre et d’intelligence. Les enfants ne sont pas ces petits êtres crédules et imbéciles à qui l’on ne pourrait parler que de féérie, de merveilleux et de rêve. Ils me semblent bien plus attirés par l’inquiétant, le bizarre, le sale, le dérangeant. Billy Brouillard est un petit garçon comme ça, comme tant d’autres il se pose des questions métaphysiques sur le sens de la vie, le problème de la mort, la disparition de l’autre et la sienne propre, bref, pour l’exprimer en termes non enfantins, sur notre finitude. Car Billy a perdu son chat, Tarzan, son meilleur copain. Il aimait bien grimper aux arbres avec lui, lui faire pipi dessus pour rigoler, le jeter dans l’eau pour voir s’il flotterait…Mais Tarzan est mort, et Billy ne comprend pas.

Les histoires de ce livre en forme de grimoire farfelu sont extraordinaires, c’est du Edgar Poe pour enfants ! Du Tim Burton en bande dessinée…Les dessins sont très beaux, délicats et originaux. C’est donc à la fois grand-guignolesque et tendre, émouvant. Regardez le sommaire, qui en dit long, et l’étrange pagination…Entre les histoires, des double pages du journal de cryptozoologie qui sont de jolis fac-similés aux pages jaunies, pleines de poésie, d’invention, ou celles de La Gazette du Bizarre, et des poèmes macabres. On est là de l’autre côté du miroir, mais dans un univers qui n’est pas féérique. On rencontre des lombrics et des mortifères, des colospandres, des serpents visqueux, des fantômes rêveurs, des vampires gentils, des petites filles assassines, toute sortes de créatures peu ragoûtantes! (parmi ces créatures nuisibles, il y a bien entendu les petites soeurs, pouah!) Ce livre est le meilleur bréviaire de la mort, c’est pour moi un chef- d’oeuvre et je pèse mes mots en disant cela,  je lui mets 20 sur 20, et je lui pardonne même, dans un poème, deux grosses fautes de français. Car pour le reste, j’ai oublié de le dire, c’est une langue très précise, élégante et riche! A avoir absolument dans sa bibliothèque et à mettre entre toutes les mains à partir de 9 ans.

Mes gros coups de coeur: la fille aux couteaux (gé-nial !) la page sur les chats et celle sur les graines de petite soeur (« tu es fils unique et tu t’ennuies, tu as besoin d’un souffre-douleur vulnérable et inoffensif, les graines de petite soeur sont faites pour toi… »)

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Je m’appelle Billy Brouillard.
J’aime la solitude et la nuit, la pluie et la mélancolie.
Mais la mort me fait peur.

Pourquoi m’a-t-elle pris Tarzan ?
Pourquoi m’a-t-elle pris mon chat ?
Qui est-elle exactement ?
Où nous emmène-t-elle le moment venu ?

Ce soir, je percerai son secret, ce soir je retrouverai Tarzan …

Je m’appelle Billy Brouillard …
J’ai un super pouvoir, une sorte de don …
Le don de trouble vue …

 

 




L’avenir du livre

15052009

En ces temps de vifs débats sur les téléchargements de fichiers musicaux (gratuits ou pas?), sur les accès aux musées (gratuits ou pas, et pour qui?), sur le thème de l’accessibilité de la culture, plus généralement, voici une petite histoire qui m’a été signalée par mon papa, un grand arpenteur des sentiers de traverse cybernétiques  :

http://russievirtuelle.com/textes/livre.htm

 L’histoire, Dostoïevski numérique,  est désopilante et donne à réfléchir. Elle me paraît bien pointer toutes les insuffisances des nouvelles technologies, les dérives auxquelles elles conduisent, les mauvaises habitudes qu’elles induisent et que nous autres professeurs constatons souvent chez les jeunes: se contenter d’une approche superficielle, éclatée, concentrée, desséchée, et je dirais même lyophilisée, dans ce que l’on pourrait appeler une démarche de cybernerrance. Voilà, le livre sur internet c’est de la soupe lyophilisée. On s’en sert lorsqu’on est pressé ou qu’on n’a pas le courage de faire la popote. Mais on préfètre la vraie bonne soupe avec de vrais légumes.

Toutefois je ne partage pas cet alarmisme sur l’avenir du livre-papier. Je suis certaine que la majorité des gens préfèrent et préfèreront tenir leur bouquin sur les genoux dans le train, en bus, sur la plage, gribouiller dedans, en respirer l’odeur, le lire la tête à l’envers et les pieds en l’air, couché au lit, assis dans un pré ou dans leur laverie automatique.




Il vitello d’oro

4042009

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Patricia FLAMENT est une Française expatriée depuis longtemps à LECCE, dans les Pouilles, où elle vit avec son mari et ses trois enfants. Ses études d’histoire de l’art l’ont bien évidemment amenée en Italie, et c’est à Florence qu’elle a connu son mari, originaire du Salento (c’est l’extrême pointe méridionale de l’Italie, le talon de la botte). Dans  cette région qu’elle connaît maintenant par coeur, elle dispense des cours de langue française dans un lycée et ses compétences en histoire de l’art en font un guide touristique prisé et recherché. Nous l’avons « testée » dans ce rôle et elle a passé l’épreuve la plus redoutable, une vraie ordalie: intéresser à l’art et à l’histoire médiévale un groupe de cinquante adolescents!

Car Patricia est aussi une amie depuis que nous avons eu l’idée géniale et saugrenue de jumeler nos deux lycées aux antipodes…

 Et Patricia est écrivain. Il vitello d’oro est un roman frais, électrique, tendu, sans aucun temps mort, léger en apparence mais qui lève le voile sur toute une série de maux qui affligent l’Italie contemporaine. Scorrevole, comme on dit en italien, c’est à dire qu’on le lit avec aisance et plaisir, et qu’une fois la lecture achevée on se dit « déjà »? avec une pointe de regret.

C’est un giallo, une intrigue pas exclusivement policière puisqu’elle est conduite par Anna qui a le rôle du chien fou dans le tranquille jeu de quilles de la prétendue bonne société italienne. Le portrait de cette bonne société d’affairistes bronzés assortis de leurs bourgeoises égocentriques et oisives n’est pas exempt de petites perfidies. Savoureuses. « Mentre quelle sceme stavano a preoccuparsi della loro apparenza… »p 76  » Sapeva che Gislaine ci aveva sempre tenuto all’aspetto fisico; attualmente frequentava la palestra, cercava di ritrovare se stessa nella cura del poprio corpo. » « Perché io per lo spot televisivo voglio essere perfetta! ». » Non se la prendeva più di tanto, lei la piccola professoressa di matematica(…) nel vedere le donne affannate nella gestione dei propri capricci farle domande senza nemmeno prestare attenzione alle riposte ». La pétasserie aristocratique n’est pas la moins risible…

Mais les hommes aussi en prennent pour leur grade, les hypocrites, les séducteurs invétérés et cependant misogynes (le « cependant » est sûrement de trop) les requins… Car il est beaucoup question d’ambition, dévorante forcément: celle de l’argent, du pouvoir, de la séduction (une forme de pouvoir). Face à eux Anna est entière, têtue, courageuse et d’une générosité souvent naïve. Elle a tout d’une héroïne de roman. Sa qualité de « forestiera », d’étrangère, lui donne un recul que les autres n’ont pas (et là bien sûr on retrouve quelques éléments autobiographiques): « Per loro quella donna imbrogliava tutto; d’altronde il posto delle donne era a casa a badare al marito e ai figli! E per di più , iddha era forestiera, si sentiva dalla cadenza. »p 15

Les scènes, assez courtes et toniques, s’enchaînent avec brio. Le suspense fonctionne. De péripétie en péripétie, on suit Anna dans sa découverte des autres qui est aussi une découverte d’elle-même. Plus qu’ un simple roman policier, on a un tableau sensible et vrai de l’Italie méridionale d’aujourd’hui.




Instructions pour lire Julio Cortázar:

24032009

Ne vous asseyez pas dans un fauteuil qui pourrait vous faire mourir. Grimpez les marches d’un escalier au ralenti. Si possible rue Humboldt. Si vous tombez sur l’ours des tuyauteries de l’immeuble et qu’il vous lèche le nez, soyez assuré que votre journée commencera sous les meilleurs auspices.  Procurez-vous un pose-tigre et une montre arrêtée à sept heures moins le quart. Ne la remontez pas sans pleurer pieusement en pensant au saxophone de Charlie Parker.  Puis mangez votre soupe à la sainte-façon à la table d’un Cronope (tant pis pour les miettes sur la nappe chiffonnée). Au bord de l’Autoroute du Sud, faites l’examen de toutes les heures indues de votre vie et, délicatement, précautionneusement,  tuez un autonaute que vous ajouterez à votre bestiaire. Dessinez une marelle pour sauter à cloche-pied par-dessus  la mort et prenez bien soin de tomber le nez par terre. Vous ferez partie des gagnants. C’est une façon de perdre.

[pastiche inspiré par la lecture du livre]

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Julio Cortázar est un écrivain argentin né en 1914 à Bruxelles. Il est mort en 1984 à Paris. Il a obtenu la nationalité française en 1981 en même temps que Milan Kundera. 

Historias de Cronopios y de famas. Histoires de Cronopes et de fameux, Folio Gallimard, 1988. trad. De Laure Guille-Bataillon







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