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Pace non trovo

31102011

Lecture d’un sonnet de Pétrarque, le N° 134, en italien, puis en traduction française, enfin en anglais (trad. Sir Thomas Wyatt)

 

 

CANZONIERE CXXXIV

Pace non trovo e non ho da far guerra
e temo, e spero; e ardo e sono un ghiaccio;

e volo sopra ‘l cielo, e giaccio in terra;

e nulla stringo, e tutto il mondo abbraccio.

Tal m’ha in pregion, che non m’apre né serra,

né per suo mi riten né scioglie il laccio;

e non m’ancide Amore, e non mi sferra,

né mi vuol vivo, né mi trae d’impaccio.

Veggio senz’occhi, e non ho lingua, e grido;

e bramo di perire, e chieggio aita;

e ho in odio me stesso, e amo altrui.

Pascomi di dolor, piangendo rido;

egualmente mi spiace morte e vita:

in questo stato son, donna, per voi. 

 Francesco Petrarca

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The moon in my sinister hand

26102011

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Il faudra qu’un jour j’essaie d’expliquer ce que cette musique me fait.  C’est un peu comme porter la lune dans ma main gauche.




Purgatoire gymnique

25102011

Quelles pages merveilleuses on peut lire dans La recherche du temps perdu, sur la jalousie amoureuse…Voici un passage extraordinairement beau , poétique et juste, sous la plume enchanteuse de Colette, cette « enfant de la nature »:

 

A peine fêté-je les parités, les affinités, que j’aperçois le terme de ma joie, et que je respire un malaise analogue à celui qui règne dans les beaux musées, parmi la cohue des chefs-d’œuvre, les visages peints, les portraits où la vie continue d’affluer avec une abondance maléfique…Ôtez d’auprès de moi ce qui est trop doux ! Ménagez, dans le dernier tiers de ma vie, une place nette, pour que j’y pose ma crudité de prédilection, l’amour. Rien que de la tenir devant moi et de sagement la respirer, la tâter de la main et de la dent, elle me garde le teint frais. 

Qu’y a-t-il donc de changé entre l’amour et moi ? Rien, sinon moi, sinon lui. Tout ce qui procède de lui porte encore sa couleur et la répand sur moi. Mais cette jalousie, par exemple, qui lui fleurissait au flanc comme un œillet noir, ne la lui ai-je pas trop tôt arrachée ? La jalousie, les bas espionnages, les inquisitions réservées aux heures de nuit et de nudité, les férocités rituelles, n’ai-je pas trop tôt dit adieu à tous ces toniques quotidiens ? On n’a pas le temps de s’ennuyer avec la jalousie, a-t-on seulement celui de vieillir ?  Ma grand-mère la méchante,  - ainsi je la distingue de l’autre qui, paraît-il, était bonne – à soixante ans et plus, suivait mon grand-père jusqu’à la porte de certain « buen retiro », et l’attendait. A ma mère scandalisée, la jalouse vieille dame provençale enseignait avec hauteur : «  Vaï, petite…Un homme qui veut nous tromper s’échappe par de plus petits trous encore !… » 

Elle avait sur un œil vert un sourcil roux, abaissé, elle déplaçait une majesté corporelle épaisse, à grands jupons de taffetas noir, et n’hésitait pas, si près de finir, à traiter l’amour familièrement mais en suspect. Je pense qu’elle n’avait pas tort. Il est bon de ne pas s’interdire trop tôt toute familiarité avec les grands gestes éblouissants, dont seule la jalousie nous permet la clarté, grands gestes faciles, meurtriers, prémédités si minutieusement, si magistralement accomplis en pensée, que l’erreur de les commettre les affadit.

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La photographie métaphysique de Gilbert Garcin

24102011

En regardant les photographies de Gilbert Garcin, on pense à Descartes et à Buster Keaton en même temps, à Magritte et à Samuel Beckett,  aux fantaisies dadaïstes et à la tristesse de Schopenhauer. Dans chaque image, une énigme est posée. L’humour, la dérision, très perceptibles, n’empêchent pas l’angoisse de surgir de ces tableaux lunaires. Partout, un homme est confronté à un problème : un fil à suivre (le funambule), un autre à tisser ou détisser, une grosse pelote à pousser devant soi comme le rocher de Sisyphe… Un homme en noir, très quelconque, Monsieur-Tout-Le-Monde, mais âgé et imperturbable, est affairé à résoudre ce problème qui se pose. Ou alors il se trouve juste au bord de l’apparition de l’incident : par exemple un ruban ou un film négatif sur lequel il marche et qui se scinde dangereusement en deux parties, comme deux routes, dont l’une tombe dans le vide et l’autre s’élève à la verticale. Quelle route suivra-t-il ? Dans les deux cas, le chemin qui sera pris sera celui de la chute, l’alternative est entre deux impossibilités, ou deux catastrophes. Pourtant cet homme, sa sacoche à la main, le visage penché comme un piéton pensif, il ne semble pas s’inquiéter de ce qui va arriver, il l’ignore, tout simplement. Telle est la condition humaine. 

 Autant l’homme vit dans l’ignorance de ce qui adviendra, autant l’espace dans lequel il se trouve est structuré, précis, défini.  Une  forme ou une réalité géométrique dominante (cercle, carré, rectangle, droite) donne à cet espace un sens : enfermement, barrières, grilles, vide inquiétant. Souvent, des scènes impossibles. On peut penser alors à ces gravures de Maurits Cornelis Escher, étranges délires mathématiques, perspectives aberrantes, vertiges de l’espace impossible et pourtant représenté. . (quel défi de représenter ce qui ne peut exister !) En jouant sur le renversement de l’échelle des tailles – un objet petit dans la réalité qui devient immense, et l’homme qui s’en trouve…diminué – Garcin fait des sortes de collages dada, il nous montre ses personnages (lui-même et sa femme, seuls acteurs de son petit théâtre minimaliste, fruit d’un bricolage génial) comme des êtres lilliputiens, vulnérables, en train de se débattre dans une situation absurde et énigmatique, voire périlleuse. Le problème est matérialisé par une pierre, un fil, une corde, un bâton, un mur, un cercle, une porte face à laquelle le personnage est arrêté, comme bloqué, paralysé, un verre dans lequel il est prisonnier, une inscription mystérieuse, une pelle à poussière. De chaque image, malgré l’espièglerie, se dégage un sentiment de malaise profond,  de solitude absolue et irrémédiable. C’est pourquoi je pense à Buster Keaton : tellement amusant, tellement triste. C’est une photographie conceptuelle, métaphorique, métaphysique, littéraire, mais elle me paraît en même temps très déchiffrable et accessible. Elle dit des choses sur la vie, sur l’incommunicabilité, sur la solitude au sein du couple, que chacun peut comprendre sans délai et sans exégèse (autre que celle des titres, qui sont éloquents, spirituels souvent, mais on pourrait même se passer des titres). Si j’étais professeur de philosophie, je piocherais là-dedans pour donner un point de départ à la réflexion, sur tous les points du programme. Ce qui me plaît dans ces images insolites, outre la mélancolie ou ‘l’inquiétante étrangeté’,  c’est qu’elles sont tellement pleines de poésie qu’on ne peut que se laisser envoûter. Cependant poésie, cela ne signifie pas douceur. Gilbert Garcin assène la violence de ses idées avec flegme, avec humour, comme un gentleman. C’est de la provocation pure, mais délicate et prévenante. 

  

Par précaution je préfère ne pas publier ici de photos de G. Garcin. Elles sont toutes visibles sur son site:

http://www.gilbert-garcin.com/ 

Merci à Marie qui m’a permis cette découverte!




Lonesome valley

22102011

Avec Mississippi John Hurt. Toute seule c’était trop intimidant.


It is especially for you Rachel.  And also the lapidary poem under:

Best Gains – must have the Losses’ test -
To constitute them – Gains -

Emily Dickinson




L’ange et la femme

16102011

Trois concerts hier soir pour clore cette intense et belle semaine de festival: Alela Diane, Asa, King créole & the coconuts, mais je n’ai pas vu le troisième groupe car j’avais emmené Joséphine, elle était fatiguée et on est rentrées.

Alela Diane: un concert bleu. Voix puissante, magnifique, ballades merveilleuses. Mais, comment dire, je n’ai pas été transportée. C’est un ange qui chante, c’est séraphique, d’une beauté évidente. A savourer, je trouve, allongée seule par terre, dans le noir. Tout au moins chez soi, ou encore, peut-être, dans une toute petite salle de concert vraiment intimiste, genre un caveau. Mais quand même, moi, dans un concert, j’aime qu’il y ait de l’adrénaline, du transport, de l’exultation, du désordre, de l’humanité, quoi.

 Asa a donné tout cela. Ce fut un concert orange. Orange vif! Quel adorable petit bout de femme avec sa robe à froufrous, son gros chignon (sa choriste arborait le même), ses grosses lunettes rigolotes! On aurait dit une petite secrétaire ambiguë, sage et fofolle. Elle a passé son temps à titiller le public, à le haranguer, le taquiner, le tancer de ne pas savoir répéter correctement ceci ou cela, s’adressant aux nancéens dans un mélange d’anglais et de français. Il fallait par exemple répéter son prénom, Asa (à prononcer Asha), d’une manière très douce, « like a wave ». J’ai adoré ce côté égocentrique, regardez-moi admirez-moi applaudissez-moi. Plus fort ! Elle a joué de la trompette, et aussi offert une merveilleuse petite chorégraphie parfumée aux épices nigériennes. De là où j’étais, je ne pouvais voir ses jambes, mais j’entendais les cliquetis de ce qui devaient être les bracelets à ses chevilles. Asa est une jolie petite femme noire, bondissante, gaie, sa voix est chaleureuse, colorée. Elle commence un morceau qui a la suavité d’un standard de jazz, puis tout à coup, surprise, la musique repart dans des sonorités plus funky ou rock. J’ai adoré le bassiste pour son funk, justement. Asa, une chanteuse charismatique, une bête de scène. Une gazelle de scène. Je veux la revoir!

 

http://www.deezer.com/fr/music/asa




Jam !

12102011

Du coup, je réécoute mes disques des Rita Mitsouko. Et surtout Jam, le dernier titre de l’album Cool Frénésie. Ce morceau est terrible, séraphique, onirique, une merveille, six minutes quarante de lévitation…




L’allumeuse

12102011

Concert de China Moses à la Manufacture, Nancy, 11 octobre 2011.

Surtout, les filles, je vous déconseille d’aller voir China Moses avec votre mec, si vous êtes du genre jaloux, car cette chanteuse est de l’engeance redoutable de ces femmes qui éclipsent toutes les autres. Une vraie panthère, la sensualité de Dinah Washington dont elle se réclame l’héritière, la gouaille et la façon sauvage et désinhibée de danser de Tina Turner, quelque chose d’elle aussi dans le sourire léonin. Il m’énerve aussi, ce sourire immense et ravageur, avec ses, quoi!  cinquante-six dents? … plus étincelantes que tous ses bracelets clinquants, que ses vertigineuses chaussures dorées de drag-queen. Avec ça, une façon de chanter et parler en anglais tellement …années vingt, des épaules noires lustrées,  une voix très puissante, un vrai talent de conteuse, de l’esprit, de l’humour très piquant et égrillard -comme si ça ne suffisait pas, comme si la salle n’était pas assez surchauffée, mais tais-toi China! ….




La grande Catherine

11102011

Concert de Catherine Ringer du 10 octobre au festival Nancy Jazz Pulsation. Tournée Ring’N Roll

Catherine Ringer me fait penser à la sorcière dans Blanche-Neige, le dessin animé de Walt Disney (1937). Elle est comme elle sinueuse, noire, inquiétante, yeux charbonneux, lèvres rouge sang, rire brillant presque carnassier. Et terriblement belle, car bien sûr, à mes yeux, la sorcière est infiniment plus belle, plus piquante que cette potiche de Blanche Neige, cette pauvre nunuche dont l’idéal de vie est d’aller épousseter-ranger-nettoyer-briquer-lustrer la petite maison des sept nains!

La sorcière, ah! la sorcière! Je ne sais pas si vous avez remarqué à quel point elle est sexy, cette longue dame aux yeux de biche, avec sa cape immense. Pas étonnant que Catherine ait choisi un tel personnage pour une chanson….La sorcière et l’inquisiteur : http://www.youtube.com/watch?v=FE4abhbyLKU

Elle, Catherine, elle a des philtres magiques qui se répandent dans les vapeurs colorées de ses projecteurs, elle apparaît dans ces nuées comme une vestale, elle roule de gros yeux sombres de démente et les promène sur son public en donnant l’impression à celui-ci d’être vraiment regardé par quelqu’un d’humain qui est là, tout près…chaleureux, vivant. Quand elle sourit, ce sourire s’adresse à vous. Quand elle crie, c’est un vrai cri, il n’y a personne qui sache crier comme elle. Ecoutez ses cris dans La sorcière et l’inquisiteur, et ceux de sa superbe reprise de L’hôtel particulier (Serge Gainsbourg) dans l’album Système D, vous n’en reviendrez pas de ce que Catherine sait faire, ose faire. Ses grimaces, sa pantomime, son rire provocateur, son chignon de danseuse flamenca avec une mèche indomptée,  sa voix extensible, basse pour l’inquiétude, aiguë pour la folie ou la délicatesse -dans Les petites filles notamment-. Sa voix de cantatrice ou de poissonnière! D’amante, d’amie, de connasse aussi (dans Andy, j’adore sa voix de conne) http://www.youtube.com/watch?v=1C7nX7GekLg

Pour moi elle incarne à la fois dans son attitude, dans sa façon expressionniste de chanter, dans ses textes et dans sa musique, un idéal de femme: libre, féroce, et toutes les rimes en « ante » qui vous viendront à l’esprit: étonnante, provocante, méchante, aimante, indépendante, insolente, pétulante, extravagante, électrisante, exaltante, truculente, désirante, effervescente, flamboyante, renversante. Puissante. Ensorcelante. C’est incroyable comme elle sait mêler les registres: la sophistication et la rudesse, le  romantisme et l’ironie, le littéraire et le vulgaire, le sublime et le bas…ça s’entrechoque, et ça fait d’elle ce personnage inimitable de la scène française, ce trublion féminin qui a accompagné depuis leurs années collège tous ceux qui ont mon âge ou à peu près (citez-moi une fête, une seule, où vous n’avez pas dansé sur Marcia Baila!!)

Mes impressions persistantes : une pluie de watts sur la tête et les déflagrations des haut-parleurs jusque dans la cage thoracique, le festival porte bien son nom… pulsations… La présence enfiévrée de milliers de gens, les ovations, un vrai tonnerre pour acclamer la belle, l’impressionnante Catherine. L’énergie de ce tout frêle et jeune garçon, guitariste extatique, virtuose blond, dont j’apprendrai que c’est le fils, Raoul Chichin, capable de tout faire comme Jimi, même la guitare derrière la tête. Le fantôme du grand Fred, compagnon regretté dont Catherine rappelle la présence, avec pudeur et légèreté (« on était complètement bourrés quand on a écrit cette chanson« ).  La chanson Punk 103, exxxtraordinaire expérience synesthésique, rimbaldienne*, les trois grâces complètement déchaînées à mes côtés, les ados et les presque mémés (je ne m’inclus dans aucune catégorie !) qui se dandinent et bondissent avec la même exxxultation, le mec exxxtravagant avec des dreads d’un kilomètre de long, une bière cavaleuse, un pauvre sandwich pas exxxquis, une exxx élève rencontrée qui faisait partie du staff, une exxxpo photo avec un deuxième lauréat super, une soirée … exxxceptionnelle !

 

Et encore bravo et merci Benoît. Benoît Felten a remporté le deuxième prix du concours photo NJP et comme il n’a pas pu venir en Lorraine, il m’a offert les billets gagnés…www.apprentiphotographe.com

 

* C’est le bleu, le bleu qui me coule par les yeux 

Et ça me saoule… 

Le bleu non n’aime personne 

Il s’en fout et il cogne quand il se fout en rogne…. 

 

La sorcière dans le ballet de Prejlocaj:

preljocajblancheneigecavalca07.jpg  catherinegpregardh192.jpg

Autres images du magnifique ballet Blanche Neige d’Angelin Preljocaj (disponible en DVD): Attention, je ne suis pas du tout du tout d’accord avec la critique assassine, ce ballet est une pure merveille! A voir, cette page, pour les photos:

http://www.forum-dansomanie.net/pagesdanso/critiques/cr0038_angelin_preljocaj_blanche_neige_biennale_lyon_28_09_2008.html

http://www.deezer.com/fr/music/catherine-ringer

L’hôtel particulier, Serge Gainsbourg:

http://www.youtube.com/watch?v=JQDbZ-U0kDI




Des amis et des livres

11102011

Petit moment presque joyeux, hier, dans des circonstances dramatiques.

Salut à  Germain: le petit garçon d’autrefois à la Grange au Bois est toujours là, dans l’enthousiasme, les grands yeux, les mille projets.

Salut à Victor, le polyglotte discret, l’écrivain russe dont je ne peux hélas goûter les expressos littéraires (beh, diciamo gli espressi!)

Salut à Emmanuelle, par le deuil bouleversée, et que son bébé bientôt va consoler.

Et salut Alexandra, qui s’en est pris plein la figure, avec son stoïcisme légendaire, qui à cette heure doit en sourire, je pense…

 

Espère pouvoir à nouveau parler ainsi de livres avec vous, d’une manière absolument pas snob et convenue.







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