Adolphe

30 09 2011

Je suis en train de lire Adolphe de Benjamin Constant, un court roman introspectif publié en 1816. « Aucun roman n’est plus nu. On se dit d’abord : ce n’est pas un roman.; plutôt une planche d’anatomie mentale, une expérience de dissection. »  écrit Marcel Arland dans sa préface à l’édition Folio.

Il faut le lire pour comprendre l’amour, ses désordres, ses tourments, sa prison, et aussi le désamour avec toutes ses lâchetés. Parfois, comme Adolphe qui s’entiche d’Ellénore par désoeuvrement, par goût du défi, de la conquête (un peu de Julien Sorel en lui…) par mimétisme social, on est plus amoureux de l’amour que véritablement amoureux.

Quelques passages choisis (en ordre chronologique)

1. L’amour supplée aux longs souvenirs,  par une sorte de magie. Toutes les autres affections ont besoin du passé : l’amour crée, comme par enchantement, un passé dont il nous entoure. Il nous donne, pour ainsi dire, la conscience d’avoir vécu, durant des années, avec un être qui naguère nous était presque étranger. L’amour n’est qu’un point lumineux, et néanmoins il semble s’emparer du temps. Il y a peu de jours qu’il n’existait pas, bientôt il n’existera plus; mais tant qu’il existe, il répand sa clarté sur l’époque qui l’a précédé, comme sur celle qui doit le suivre.   p 56

2. Charme de l’amour, qui pourrait vous peindre! Cette persuasion que nous avons trouvé l’être que la nature avait destiné pour nous, ce jour subit répandu sur la vie, et qui nous semble en expliquer le mystère, cette valeur inconnue attachée aux moindres circonstances, ces heures rapides, dont tous les détails échappent au souvenir par leur douceur même, et qui ne laissent dans notre âme qu’une longue trace de bonheur, cette gaieté folâtre qui se mêle quelquefois sans cause à un attendrissement habituel, ce détachement de tous les soins vulgaires, cette supériorité sur tout ce qui nous entoure, cette certitude que désormais le monde ne peut nous atteindre où nous vivons, cette intelligence mutuelle qui devine chaque pensée et qui répond à chaque émotion, charme de l’amour, qui vous éprouva ne saurait vous décrire !       p 60

3. Je comptais avec inquiétude les jours, les heures qui s’écoulaient ; je ralentissais de mes voeux la marche du temps; je tremblais en voyant se rapprocher l’époque d’éxécuter ma promesse. Je n’imaginais aucun moyen de partir. Je n’en découvrais aucun pour qu’Ellénore pût s’établir dans la même ville que moi. Peut-être, car il faut être sincère, peut-être je ne le désirais pas. Je comparais ma vie indépendante et tranquille à la vie de précipitation, de trouble et de tourment à laquelle sa passion me condamnait. Je me trouvais si bien d’être libre, d’aller, de venir, de sortir, de rentrer, sans que personne s’en occupât! Je me reposais, pour ainsi dire, dans l’indifférence des autres, de la fatigue de son amour.              pp 73-74

4. Je voulus réveiller sa générosité, comme si l’amour n’était pas de tous les sentiments le plus égoïste, et, par conséquent, lorsqu’il est blessé, le moins généreux.     p  83

5. Nous vivions, pour ainsi dire, d’une espèce de mémoire de coeur, assez puissante pour que l’idée de nous séparer nous fût douloureuse, trop faible pour que nous trouvassions du bonheur à être unis. Je me livrais à ces émotions, pour me reposer de ma contrainte habituelle. J’aurais voulu donner à Ellénore des témoignages de tendresse qui la contentassent; je reprenais quelquefois avec elle le langage de l’amour; mais ces émotions et ce langage ressemblaient à ces feuilles pâles et décolorées qui, par un reste de végétation funèbre, croissent languissamment sur les branches d’un arbre déraciné.  p 85

6.  J’étais libre, en effet, je n’étais plus aimé.        p 117

 

 

 Ce concentré de roman prend les apparences d’un journal intime (faux journal intime, donc).  Benjamin Constant était lui-même l’auteur de Journaux (Le cahier rouge, Cécile).  Un dispositif paratextuel, qui consite dans une correspondance entre « l’éditeur » et un mystérieux personnage ayant connu Adolphe, enserre le récit dans une sorte de « cornice », de cadre. Il y a en préambule un Avis de l’éditeur qui explique les circonstances dans lesquelles fut retrouvé « un cahier contenant l’anecdote ou l’histoire qu’on va lire » . En clôture, deux textes: la lettre à l’éditeur tout d’abord « Vous devriez, monsieur, publier cette anecdote. Elle ne peut désormais blesser personne, et ne serait pas, à mon avis, sans utilité. Le malheur d’Ellénore prouve que le sentiment le plus passionné ne saurait lutter contre l’ordre des choses. (…) L’exemple d’Adolphe ne sera pas moins instructif ». 

La réponse de l’éditeur, pour finir, d’où j’extrais ces méditations très pessimistes:

- chacun ne s’instruit qu’à ses dépens dans ce monde.

- cet esprit, dont on est si fier, ne sert ni à trouver du bonheur ni à en donner.

- La grande question dans la vie, c’est la douleur qu’on cause, et la métaphysique la plus ingénieuse ne justifie pas l’homme qui a déchiré le coeur qui l’aimait.


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