C’est quoi, être cultivé?

27 09 2011

Je suis, comme on dit, « cultivée ». Ouahhh!! Premièrement, dans l’exercice même du blog, surtout lorsque celui-ci prend la forme d’une anthologie, il y a risque de supercherie: je poste des trucs comme pour dire: « hé! regardez comme je suis cultivé(e), j’ai lu ça et ça et ça ! » Ajoutons qu’il n’est même pas besoin d’avoir lu le livre en question. On peut très bien, n’est-ce pas, recopier impunément un extrait qu’on aura trouvé sur la page d’un internaute… cultivé (euh…ben finalement rien n’est sûr!)

Les discussions sur la culture, ça me fatigue et me consterne, parce qu’il y a pas mal d’hypocrisie, et surtout parce que c’est devenu le mot fourre-tout. Il y a des centaines de définitions de la culture que des gens brillants ont données mais (et je parlerai aussi des citations) j’aime beaucoup celle, très socratique (oh là là ça y est je tombe dans la pédanterie, là précisément, PAF!!) celle de Frédéric Dard, donc: « la culture, c’est connaître cent mots de plus que les autres ». Déjà parce que, honnêtement, toute entreprise de savoir encyclopédique est vouée à l’échec, et qu’on ne sait rien. Moi je sais juste trois fois rien.

Mais j’aime surtout cette phrase d’Aldous Huxley:  » Tu seras solitaire, car la culture est aussi une prison ». Oui, et je ne sais plus qui a dit que l’intelligence était une faculté d’inadaptation. Ah, la belle affaire!! On est seul dans la vie. C’est-y pas mieux d’être une bonne grosse conne satisfaite, sereine, pas torturée?

Chère M pour qui j’écris ces mots, d’une certaine manière, me dire que je suis cultivée (tandis que toi, hein, tu « ne sais rien »), c’est me mettre face à  cette angoisse terrible: suis-je, alors, comme ces imbéciles qui l’étalent, ces cuistres qu’on rencontre partout et dont le seul et l’unique souci, c’est l’épate? Tu sens, tu sais qu’ils parlent pour soigner la belle image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes, ils se gargarisent de leur culture. Ce sont des mots, mais pas une parole qui s’adresse à l’autre, c’est profondément et radicalement narcissique.  Je déteste la culture lorsqu’elle devient l’outil pour briller en société. Il faut savoir que moi, en société, je ne brille pas, parce que je suis assez taciturne.

J’ai besoin des livres, non pas pour en parler et me former une image de moi séduisante, à renvoyer aux autres. Pour vivre, pour m’élever au-dessus de la bêtise qui est tellement omniprésente, rôdeuse, agressive, qu’elle en devient toxique et dangereuse (contagieuse??).

Ce n’est pas que je sois dans le refus d’en parler, de mes lectures. Au contraire, j’aimerais bien pouvoir le faire, échanger simplement, sans orgueil ni snobisme, sans que l’un ou l’autre ait peur de dire « ah ben non, Madame Bovary, je ne l’ai pas lu », ou  « je ne me rappelle plus, black-out » (moi ça m’arrive, même avec des livres lus récemment) En parler donc en toute sincérité, si possible pas lors d’un dîner mondain. J’avais un collègue de philo sympa, Charles, avec qui tout était passionnant. On partait du plat de lentilles de la cantine et on arrivait à la métaphysique, en passant par les lois de l’hérédité….

 Les citations: pas de méprise, là non plus. Ma démarche est profondément humble. Je n’arrive pas à dire une chose, alors je choisis de faire parler Montaigne, Proust, Orwell, Rousseau, Garcia Lorca. Comment pourrais-je même tenter d’approcher cette perfection qu’ils ont atteinte? Mais aussitôt, je tombe dans le travers que je reproche aux…idolâtres d’eux-mêmes.

J’ai fini par concevoir une défiance terrible à l’égard de beaucoup de discours intellectuels et de discours tout court. Raison pour laquelle, aussi, faire de la recherche à la fac m’a toujours paru aussi vain (remplir des pages de métatexte et de paratexte, alors que l’oeuvre se suffit à elle-même et n’a pas besoin de cette boursouflure qu’est le commentaire – oui, je sais, je passe ma vie à ça, mais justement, je sais de quoi je parle).

C’est pour cela que ça, ça me fait rire, cette petite page sur laquelle je suis tombée :

je cite:

http://www.facebook.com/group.php?gid=37615535755

Nom :
Pour tous ceux qui adorent dire des phrases n’ayant aucun sens
Catégorie :
Juste pour le plaisirComplètement inutile
Description :
« La métaphore pré-nuptiale n’est finalement que le reflet symbolique d’une ménopause psycho-rigide de l’époque mérovingienne. »
Pour ceux qui écrivent ce genre de phrase et, qui malgré l’incompréhension des autres, continuent de défendre leur imagination débordante en écrivant de tout aussi jolies nouvelles phrases.
Laissez infuser votre imagination et débiter des phrases que les autres vont essayer de comprendre pour paraitre cultivés alors que vous savez pertinemment qu’elles ne veulent absolument rien dire.
En gros c’est la « Ouaichtchougo attitude »

 

Fin de citation. Je sens que rédiger ce genre de phrases absurdes -mais pas tellement éloignées des verbeux et pompeux travaux universitaires-cela va bien m’amuser…

La pire des choses qui pourrait m’arriver serait qu’on me laisse dans cette prison. Que cette culture construite ou conquise à force de lectures solitaires finisse par faire écran entre moi et les autres (enfin, certains, certaines), j’y vois la plus cruelle aberration, l’ironie la plus absurde.

Car lorsque je m’écarte des autres pour lire, c’est pour me rapprocher d’eux.

Je veux qu’Huxley ait tort. Je n’ai aucune intention ni d’impressionner ni de dominer qui que ce soit, encore moins de m’isoler.


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4 réponses à “C’est quoi, être cultivé?”

  1. 28 09 2011
    Icare_57920 (21:40:44) :

    Un commentaire … dur dur pour un  » non-cultivé  » ! J’ai bien aimé ce petit texte
    sur la CULTURE ( et les gens cultivés … qui en savent plus ? ), et l’usage qu’ils peuvent en faire ( briller en société ? ). J’aime la phrase d’Aldous Huxley  » tu seras solitaire, car la culture est aussi une prison  » .
    « On se lasse de tout sauf de comprendre ».(Virgile ).
    Question : Chère M pour qui j’écris ces mots … c’est qui ? ( la curiosité est-ce un défaut ?) _ Biz de K.

  2. 28 09 2011
    lagiravolta (22:07:16) :

    Réponse (qui n’en est pas une): c’est une très chère amie! ;-)

    Bisous

  3. 28 09 2011
    SoH (23:18:37) :

    Ces 2 articles me parlent !!!
    J’ai été en partie éduquée avec cet idéal de la culture avec comparaisons et tout le tintouin alors qu’on ne devrait jamais comparer 2 êtres et encore moins ses propres enfants.
    Résultat : cela m’a détournée de la lecture de nombreux classiques mais cela m’a permis de trouver des choses plus dans mes cordes.
    Avec le recul, cet idéal et cette pression imposée ne me semblent être que le reflet du vide existentiel de cette figure parentale qui heureusement a évolué.
    Mais à l’époque je n’aurais jamais pensé à remettre tout ça en cause et lui demander quel était le but de « la culture ». Est-ce pour mieux s’ouvrir aux autres ? Pour être plus heureux ? Pour trouver un sens à sa vie ? Pour mieux se réaliser ? Etre plus soi-même ?…
    Si seulement la culture et la connaissance de grands personnages nous donnaient envie d’être moins cons ! C’est un peu ce que je me suis dit en lisant Etty Hillesum.
    Moi je sais que tu n’es pas toujours taciturne avec les autres ! ;-)

    PS : Je connais des gens qui ont une façon de penser remarquable et qui font d’énormes fautes d’orthographe.
    PS 2 : Qu’avais-tu pensé de la vidéo « du paradigme de l’éducation » ? http://www.dailymotion.com/video/xjkdzq_du-paradigme-de-l-education_webcam

  4. 30 09 2011
    lagiravolta (06:53:06) :

    Promis, je regarde la vidéo sur le »paradigme de l’éducation » aussitôt que j’ai une minette à moi (c’est du plagiat de Jean Tardieu, voilà voilà, je cite, je cite…).

    Une façon de penser remarquable et une orthographe calamiteuse: eh oui! c’est fort possible, même si je suis une maniaque de l’orthographe. Il faut distinguer orthographe et grammaire: écrire cuissot ou cuisseau, on s’en moque pas mal, mais « j’ai manger », ou « les choses qui ce sont passer », il y a un raisonnement qui cloche, et c’est grave (issime…).
    Jean-Paul Sartre, de son propre aveu (sincère, j’imagine), était une vraie truffe, en orthographe (voir Les mots). Cette année et l’année dernière j’ai parmi mes élèves un individu qui a le don d’énerver tout le monde. C’est vrai qu’il se fiche de l’orthographe, qu’il peut être pénible, mais nom d’une pipe il a une personnalité, toujours une répartie intelligente, je n’arrive pas à m’énerver complètement avec lui, en fait je l’aime bien, et je suis sûre qu’il n’y a pas à s’en faire pour lui, pour son avenir, malgré son poil dans la main…

    Alors oui, bien sûr, l’école, pfouh, il y a tellement de choses à en dire: on demande aux jeunes gens d’être très disciplinés, et c’est vrai qu’à 28 individus réunis, ton seuil de tolérance sur la part de liberté que tu leur octroies baisse drastiquement!!
    Tu deviens le tyran-éducateur, ou tu meurs.
    Les figures parentales: hum! Certaines sont calamiteuses. destructrices. Bref.

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