Maisons-chapeaux, maisons-peignoirs…

22 01 2010

Devant une société encore vivante et fidèle à sa tradition, le choc est si fort qu’il déconcerte: dans cet écheveau aux mille couleurs, quel fil faut-il suivre d’abord et tenter de débrouiller? En évoquant les Bororo qui furent ma première expérience de ce type, je retrouve les sentiments qui m’envahirent au moment où j’entamai la plus récente, parvenant au sommet d’une haute colline dans un village kuki de la frontière birmane, après des heures passées sur les pieds et les mains à me hisser le long des pentes, transformées en boue glissante par les pluies de la mousson qui tombaient sans arrêt : épuisement physique, faim, soif et trouble mental, certes; mais ce vertige d’origine organique est tout illuminé par des perceptions de formes et de couleurs; habitations que leur taille rend majestueuses en dépit de leur fragilité, mettant en oeuvre des matériaux et des techniques connues de nous par des expressions naines : car ces demeures, plutôt que bâties, sont nouées, tressées, tissées, brodées et patinées par l’usage; au lieu d’écraser l’habitant sous la masse indifférente des pierres, elles réagissent avec souplesse à sa présence et à ses mouvements; à l’inverse de ce qui se passe chez nous, elles restent toujours assujetties à l’homme. Autour de ses occupants , le village se dresse comme une légère et élastique armure; proche des chapeaux de nos femmes plutôt que de nos villes : parure monumentale, qui préserve un peu de la vie des arceaux et des feuillages dont l’habileté des constructeurs a su concilier la naturelle aisance avec leur plan exigeant.

La nudité des habitants semble protégée  par le velours herbu des parois et la frange des palmes : ils se glissent hors de leurs demeures comme ils se dévêtiraient de géants peignoirs d’autruche. Joyaux de ces écrins duveteux, les corps possèdent des modelés affinés et des tonalités rehaussées par l’éclat des fards et des peintures, supports – dirait-on – destinés à mettre en valeur des ornements plus splendides : touches grasses et brillantes des dents et crocs d’animaux sauvages, associées aux plumes et aux fleurs. Comme si une civilisation entière conspirait dans une même tendresse passionnée pour les formes, les substances et les couleurs de la vie; et, pour retenir autour du corps humain sa plus riche essence, s’adressait  – entre toutes ses productions – à celles qui sont au plus haut point durables ou bien fugitives, mais qui, par une curieuse rencontre, en sont les dépositaires privilégiées.

Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, chp. XXII Bons sauvages.

bororo.jpg Une photo prise par Claude Lévi-Strauss en 1936 chez les Bororo. Cet homme qui parlait portugais était l’un des informateurs privilégiés de l’ethnologue.

180pxbororo001.jpg Indien Bororo aujourd’hui.

Les Bororos également connus sous le nom de « Coroados » ou « Parrudos » sont une tribu indigène amazonienne brésilienne de l’État du Mato Grosso. Le nom de Bororos leur a été donné par les colons.

Leur population n’était plus que de 1024 personnes en 1997  et serait aujourd’hui de moins de 1000 personnes qui vit surtout au Mato Grosso et goias occidental au Brésil et peu en Bolivie.

http://www.ina.fr/sciences-et-techniques/sciences-humaines/video/I06290906/claude-levi-strauss-a-propos-de-sa-rencontre-avec-la-tribu-des-bororos.fr.html

 


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