Charles et sa moquerie pouffante

14062009

Peut-on sauver un livre (de l’oubli, de l’indifférence, du mépris) pour une seule phrase (ou deux, ou trois) ? J’aurais tendance à dire que… oui. Tant le style est important à mes yeux.

J’ai eu la curiosité de lire un roman de Charles Dantzig, dont j’ai déjà parlé ici et sur qui je ne tarissais pas d’éloges. Etant donné qu’il choisit la posture du critique et s’érige en juge suprême des écrivains*,  s’exposer en publiant des oeuvres de fiction à la critique -et sûrement à la vindicte- des autres est un risque courageux qui est tout à son honneur. J’ai donc lu son roman Je m’appelle François. Et je me félicite de l’avoir emprunté et non acheté. Aïe! Cela veut-il dire que c’est un mauvais roman? Je ne sais pas. L’histoire est celle d’un foutriquet, d’un dandy de pacotille et imposteur à la petite semaine qui traîne son ambition boursouflée et son invincible toupet dans la jet set, de Paris à New York à Los Angeles et même jusqu’à Dubai. C’est moins un menteur et un escroc qu’un romancier de sa propre vie, qui change d’avatar comme de chemise et qui en se glissant d’une identité à l’autre ne conserve que le prénom François. C’est l’occasion de revivre les années 80 et leur insouciance, leur superficialité faussement gaie, leur fantaisie vestimentaire, sur fond de disco. J’étais encore petite dans les années 80 mais j’en conserve cette impression de…bling bling (puisque c’est aujourd’hui l’expression consacrée).

J’ai lu ce livre sans jamais être emportée par l’histoire. On s’y amuse un peu, on s’y ennuie autant que François. En somme, si je peux me permettre ce jugement hâtif fondé sur la lecture de ce seul roman, Dantzig est bien meilleur critique qu’écrivain. On retrouve quand même sa férocité, sa moquerie pouffante (une expression à lui, que je lui pique) en plusieurs endroits du roman, et son talent de portraitiste est indéniable. Bref, de nombreux passages truculents, brillants, et pourtant cela ne fait pas un très bon roman.

Je citerai trois passages (il y en a davantage, quand même, qui sont bien!) qui me paraissent particulièrement réussis. D’abord cette phrase que je tiens pour la plus extraordinaire, la plus belle du livre, et qui à elle seule vaut le détour de ces quelque 300 pages:  » Cette forme beue dépassant d’un fauteuil à oreillettes, au fond d’un grand salon sombre où, croupissant dans un vase en porcelaine, une fougère se prenait pour la jungle, c’était Mme La Goulaye mère. »

 Et celle-ci aussi:  » La Ford était longue comme une langue, avec des phares exophtalmiques au bout d’ailes joufflues et, sous le pare-chocs, des trompes giclaient à la façon de pistils d’hibiscus. »

  »Son verre était posé devant lui comme un sémaphore, bordé par ses deux mains à plat comme des digues. Il était si maigre qu’il avait l’air d’une porte« .

* Dans son Dictionnaire égoïste de la littérature française, il affirme que le critique adopte la position du tireur couché. N’est-ce pas ce qu’il fait lui-même continuellement? Pan! t’es mort!

Une interview de ce cher Charles. Je l’aime bien… Il paraît plus doux qu’au travers de ses livres. C’est sans doute le fait du timide trop bien élevé d’écrire rugueux, pour se venger d’être toujours enrobé-sucré: http://www.youtube.com/watch?v=I3FGhJCMD_8




Le chant est la vérité

13062009

Deux femmes que j’admire :  Cecilia Bartoli pour sa fougue impressionnante, son énergie, son allégresse, et Isabelle Huppert pour sa distinction, son intelligence. La belle italienne chante   » Sventurata navicella «  de Vivaldi, Isabelle Huppert compare l’art du comédien et l’art du chant, tandis que Philippe Sollers qui voue à Cecilia une admiration sans bornes nous parle d’elle, de la musique et aussi de son roman  » Passion fixe  » (Gallimard 2000 et Folio : n°3566)

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Sventurata navicella,
Se mai giunge a naufragar,
Teme sempre la procella,
E lo Scoglio in mezzo al mar.
Ma infelice io non credea,
Che chiudesse un’alma rea
Chi ha beltà per farsi amar.

(Vivaldi, « Giustino », II, 13 – Leocasta, livret de Grazio Braccioli)




Voi che sapete

13062009

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Voi che sapete /che cosa è amor, / donne vedete /s’io l’ho nel cor.
Quello ch’io provo / vi ridirò; /è per me nuovo, /capir nol so.
Sento un affetto /pien di desir /ch’ora è diletto /ch’ora è martir.
Gelo, e poi sento /l’alma avvampar /e in un momento /torno a gelar.
Ricerco un bene / fuori di me/ non so ch’il tiene/ non so cos’è.
Sospiro e gemo / senza voler / palpito e tremo /senza saper.
Non trovo pace / notte, né dì /ma pur mi piace/ languir così.
Voi che sapete / che cosa è amor/ donne, vedete/ s’io l’ho nel cor.
Mozart Les noces de Figaro Opéra bouffe en 4 actes, « les noces de Figaro », écrites d’après le Mariage de Figaro de Beaumarchais sur un livret italien de l’abbé Da Ponte, sont représentées avec succès à Vienne le 1er Mai 1786 puis à Prague quelques mois plus tard, de façon plus triomphale encore. Cet opéra précède Dom Juan d’un an.

J’imagine que ceux de mes lecteurs qui ne connaissent pas l’italien n’auront aucun mal à comprendre cette aria qui parle des tourments de l’amour de la façon la plus traditionnelle qui soit: tourment et plaisir mêlés ou successifs (croce e delizia, dans un autre air bien connu!), délectation du martyr, incompréhension, le feu et le gel, mon mal est délicieux etc… etc…   Suivront (peut-être) sonnets de Pétrarque, Gaspara Stampa, Louise Labé…

Ecouter Cecilia Bartoli chaque matin, c’est l’assurance de BIEN commencer sa journée ! Avez-vous remarqué que Cecilia Bartoli reste toujours gracieuse lorsqu’elle chante? Ce n’est pas le cas de toutes les cantatrices…




L’odore dei limoni

11062009

Ascoltami, i poeti laureati
si muovono soltanto fra le piante
dai nomi poco usati: bossi ligustri o acanti.
lo, per me, amo le strade che riescono agli erbosi
fossi dove in pozzanghere
mezzo seccate agguantano i ragazzi
qualche sparuta anguilla:
le viuzze che seguono i ciglioni,
discendono tra i ciuffi delle canne
e mettono negli orti, tra gli alberi dei limoni.
Meglio se le gazzarre degli uccelli
si spengono inghiottite dall’azzurro:
più chiaro si ascolta il susurro
dei rami amici nell’aria che quasi non si muove,
e i sensi di quest’odore
che non sa staccarsi da terra
e piove in petto una dolcezza inquieta.
Qui delle divertite passioni
per miracolo tace la guerra,
qui tocca anche a noi poveri la nostra parte di ricchezza
ed è l’odore dei limoni.

Vedi, in questi silenzi in cui le cose
s’abbandonano e sembrano vicine
a tradire il loro ultimo segreto,
talora ci si aspetta
di scoprire uno sbaglio di Natura,
il punto morto del mondo, l’anello che non tiene,
il filo da disbrogliare che finalmente ci metta
nel mezzo di una verità.
Lo sguardo fruga d’intorno,
la mente indaga accorda disunisce
nel profumo che dilaga
quando il giorno piú languisce.
Sono i silenzi in cui si vede
in ogni ombra umana che si allontana
qualche disturbata Divinità.

Ma l’illusione manca e ci riporta il tempo
nelle città rurnorose dove l’azzurro si mostra
soltanto a pezzi, in alto, tra le cimase.
La pioggia stanca la terra, di poi; s’affolta
il tedio dell’inverno sulle case,
la luce si fa avara – amara l’anima.
Quando un giorno da un malchiuso portone
tra gli alberi di una corte
ci si mostrano i gialli dei limoni;
e il gelo dei cuore si sfa,
e in petto ci scrosciano
le loro canzoni
le trombe d’oro della solarità.

Eugenio Montale (Genova 1896-Milano 1981)

J’aime bien les coquelicots…mais les citrons aussi. Le trombe d’oro della solarità. Le vesti vermiglie dell’allegria…




Gentil coquelicot mesdames!

8062009

Voici quelques photos prises au lycée, juste sous mes fenêtres. J’ai aussi photographié dans ce cadre bucolique, plus joli que tous les tableaux de Monet, une classe d’italien Langue Vivante 3 que j’aime bien mais je ne peux prendre la liberté d’afficher leurs sympathiques bouilles sur le net.

Et dire que nous allons devoir quitter cet endroit paradisiaque pendant deux longs mois!….

Gentil coquelicot
Album : Gentil coquelicot

9 images
Voir l'album



Rose

4062009

1003795.jpg

La frangia dei capelli…

La frangia dei capelli che ti vela
la fronte puerile, tu distrarla
con la mano non devi. (…)

E. Montale, 1956

La frange de cheveux

La frange de cheveux qui voile
ton front puéril, tu ne dois pas
l’ écarter de la main. (…)




Italie: la grande débrouille?

4062009

Sommaire de l’émission Un oeil sur la planète diffusée sur France 2 le premier juin:

http://www.italie1.com/un-%C5%92il-sur-la-planete-n%C2%B025-italie-la-grande-debrouille-7167.html

 Je l’ai loupée: emoticoneSi quelqu’un avait eu la bonne idée de l’enregistrer… mi faccia sapere !




Dans le sillage de Botticelli

1062009

keithcooper.png 

Une photo de Keith Cooper intitulée « Ivory flame ». Botticelli en plus lascif.




Notre petite pitié, notre grand égoïsme

1062009

Tels les Verdurin donnaient des dîners (…) et M.de Charlus allait à ses plaisirs, sans guère songer que les Allemands fussent – immobilisés il est vrai par une sanglante barrière toujours renouvelée – à une heure d’automobile de Paris. Les Verdurin y pensaient pourtant, dira-t-on, puisqu’ils avaient un salon politique où on discutait chaque soir de la situation, non seulement des armées, mais des flottes. Ils pensaient en effet à ces hécatombes de régiments anéantis, de passagers engloutis ; mais une opération inverse multiplie à tel point ce qui concerne notre bien-être et divise par un chiffre tellement formidable ce qui ne le concerne pas, que la mort de millions d’inconnus nous chatouille à peine et presque moins désagréablement qu’un courant d’air. Mme Verdurin, souffrant pour ses migraines de ne plus avoir de croissant à tremper dans son café au lait, avait fini par obtenir de Cottard une ordonnance qui lui permettait de s’en faire faire dans certain restaurant dont nous avons parlé. Cela avait été presque aussi difficile à obtenir des pouvoirs publics que la nomination d’un général. Elle reprit son premier croissant le matin où les journaux narraient le naufrage du Lusitania. Tout en trempant le croissant dans le café au lait, et donnant des pichenettes à son journal pour qu’il pût se tenir grand ouvert sans qu’elle eût besoin de détourner son autre main des trempettes, elle disait : « Quelle horreur ! Cela dépasse en horreur les plus affreuses tragédies. » Mais la mort de tous ces noyés ne devait lui apparaître que réduite au milliardième, car tout en faisant, la bouche pleine, ces réflexions désolées, l’air qui surnageait sur sa figure, amené là probablement par la saveur du croissant, si précieux contre la migraine, était plutôt celui d’une douce satisfaction.

Marcel Proust, Le temps retrouvé.

Catastrophes aériennes (une aujourd’hui : 228 victimes), inondations, tempêtes, guerres, épidémies et tsunamis: nous sommes tous des Mme Verdurin.  Non ?




1062009

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