Huit et demi (mile)

30 04 2009

Ma scène de film préférée, c’est sans doute la scène inaugurale du film Otto e mezzo de Federico Fellini (Huit et demi, 1963).

Huit et demi est l’histoire de l’histoire d’un film (qui ne se fera peut-être jamais) à travers les états d’âme, les rêves et les obsessions de son metteur en scène : Guido, qui a 46 ans, interprété par Marcello Mastroianni.

Cette scène d’ouverture : une scène onirique, sans paroles, ou quasiment, mais dans laquelle le moindre bruit ou souffle, ou soupir ou crissement a une importance énorme.

Un homme est enfermé dans sa voiture, dans un embouteillage. Tout est immobile et comme surchauffé. On s’aperçoit que les gens à l’intérieur des voitures sont eux aussi d’une immobilité de statue. Ils ont des têtes et des expressions insolites, inquiétantes, réprobatrices, indifférentes. Cette entière  fixité est bizarre. Une sensation de panique s’empare de l’homme, soudain. Il ne peut plus respirer. On voit l’intérieur de l’habitacle s’embuer, on le voit s’agiter. Il suffoque. il essaie de s’extirper de cette coquille de fer qu’est le véhicule, mais il n’y arrive pas. Des gens le regardent, mais personne ne vient à son secours…
p>

Cet étouffement, cet enfermement dans un habitacle, avec les gens indifférents, sans compassion, c’est celui que tu ressens à la crise de la trentaine, quand tu commences à remettre en question tous tes choix, tous…quand tu sens que si tu ne fais pas une démarche, si tu ne renverses pas quelque chose, tu vas suffoquer, ou même mourir.

Je dis la crise de la trentaine, mais ça peut être celle de la quarantaine…qui paraît-il est pire (et après, on est tranquille, au moins ?? parce qu’une crise tous les cinq ans, en comptant que certaines vous durent des mois et des mois, ça ne laisse pas trop de repos!)

La scène se poursuit de manière totalement onirique: une fois extirpée de l’habitacle, et juchée sur le toit de la voiture, sa grande silhouette noire écarte les bras. A ce moment-là, Mastroianni est filmé de dos, coiffé d’un chapeau, et on ne voit pas son visage.  A cet instant précis, c’est Fellini qu’on voit, car ce film est clairement autobiographique. Il est happé vers le ciel, il s’envole très haut, très très haut, et on entend le sifflement du vent, puis comme le bruit du vide .

Cet instant délicieux de liberté céleste, hélas, ne dure pas. Il est brutalement, et d’une façon cocasse, rappelé vers le terrestre, attrapé par un homme en blanc sur une plage, qui joue avec lui comme avec un cerf-volant, saisi par une corde comme une proie….jeté au sol ! tandis qu’une sorte de juge lunettu, à cheval, consulte un registre et le condamne « Giù definitivamente!  » Giù, en italien, signifie « en bas », donc ici « à terre », mais cela veut dire également « déprimé ».

Voici des images éparses du film donc, sur la musique du chanteur Eminem, la fameuse chanson pleine de rage, Lose yourself (film 8 mile). C’est très bien fait, les paroles et les images correspondent  pile-poil (gravity/ image d’une chute. Sweaty/on voit le sauna. Crowd/ on aperçoit des gense etc…).

Image de prévisualisation YouTube

Je n’accroche pas toujours avec Fellini, mais ce film exerce sur moi une sorte de fascination. Plus on le regarde, plus on découvre des choses, un peu comme les films si compliqués de David Lynch (qui lui aussi porte la même attention aux bruits). Mulholland Drive par exemple, est un film envoûtant. très abscons…

Huit et demi, c’est l’errance d’un homme en crise: professionnelle, conjugale, identitaire, crise d’inspiration, essoufflement créatif… le petit concentré de la vidéo, je trouve, le montre très bien.

La scène d’ouverture:

Image de prévisualisation YouTube


Actions

Informations



Laisser un commentaire




Bijoux Jolifolie |
Tamellaht-Ahnif de Bouira |
laviedespinoza |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Kitten
| Chevauchée Tibétaine
| S p i r i t u a l • B o n &...