Le syndrome du marchand de glace

22 02 2009

glaces.jpgDans mon village loin de tout, l’été, il y avait un marchand de glaces ambulant qui venait parfois avec sa camionnette multicolore et qui, toutes sirènes hurlantes (ou plutôt toutes clochettes tintinnabulantes), avertissait les mioches qui déjà se léchaient les babines et rappliquaient ventre à terre.

Munie d’une pièce que maman m’avait donnée, je me dirige vers la camionnette…j’ai environ sept ou huit ans, et je commence à savoir faire des petites emplettes toute seule comme une grande (et la vieille épicière avec ses cheveux violets et son sourire faux en profite pour oublier de rendre aux gosses quelques piécettes par-ci par-là, par inadvertance, oui oui …). Je suis la dernière petite cliente de l’après-midi. J’entends le marchand qui commence à remballer son barda. Je ne le vois pas car ma petite taille, même en me hissant sur la pointe des pieds, ne me permet pas de dépasser le rebord du comptoir. Il ne me voit pas non plus, mais je brandis bien haut ma pièce de monnaie d’une main timide en espérant qu’il l’aperçoive et comprenne.

Il est parti, vrououmm…. en me laissant là comme une godiche avec ma pièce de monnaie tendue…

Pitoyable petite fille laissée sur le bord de la route…(il y en a qui toute leur vie restent au bord de la route).

Je suis rentrée me faire consoler par maman, pleurant plus de fureur sur ma propre timidité, sur ces mots si simples qui ne sont pas sortis de ma bouche, que de dépit pour cette glace manquée…

J’y vois là le signe de mon incommensurable bêtise d’alors, de cette peur de me faire remarquer qui faisait de moi une véritable gourde. Un enfant normal aurait appelé le marchand , « hé oooohhh m’sieueueueu, hé…sioupléééé !!! »  frappé sur le zinc du camion, donné des coups de pieds pourquoi pas…mais il aurait eu sa glace et le sourire du marchand.

Sans doute n’aurait-il pas fallu me consoler mais m’inciter à plus de hargne, d’assurance, car il faut bien être armé et dans la lutte pour la vie, quand même, s’acheter une glace, ce n’est pas grand-chose…

Je suis adulte, majeure et vaccinée (comme on dit), mais il arrive encore que des clients indélicats dans une agence de voyages, un supermarché, me passent sous le nez impudemment sans que j’ose broncher… ou finalement sans que j’estime nécessaire la dépense d’énergie que demanderait une altercation. Par paresse.

Mais bon, j’ai quand même pas mal changé, heureusement, et (voilà pourquoi ?) chaque fois que je parviens à être odieuse, j’en tire un plaisir indicible, un sentiment de victoire… !


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3 réponses à “Le syndrome du marchand de glace”

  1. 25 02 2009
    ANTONIA (12:42:42) :

    un sentiment de victoire …et presqu’un goût sucré dans la bouche!!!

    Josephine est splendide craquante succulente.

    J’aime imaginer à la place de Adulte vaccinée majeure, quelque chose comme:
    Du pas très haut de mes 35 ans il m’arrive….

  2. 25 02 2009
    lagiravolta (13:36:40) :

    Oui, merci, elle est jolie ma fille, c’est vrai. Et en plus elle m’épate. Mais évidemment je ne suis pas très bien placée pour être entièrement objective…
    A propos de cette saine méchanceté: toi Antonia tu fais partie de ces bienheureux qui savent être odieux vingt fois par jour!

  3. 6 03 2009
    luthiste (15:01:02) :

    Alors que ce qu’aurait fait n’importe quel enfant d’aujourd’hui est tellement plus simple et efficace: crever les pneus du triporteur du marchand, ou lui enfoncer un mouchoir dans le pot d’échappement-s’il est motorisé (le triporteur, pas le marchand!)- et attendre que le gros pervers de marchand d’eskimos descende de son charroi pour remédier à l’avarie; alors il ne reste plus qu’à l’assommer à coups de skate board, à le travailler un peu au foie à grands renforts de tatanes à bouts coqués, comme ça pour le fun, c’est gratuit, on n’a que les plaisirs qu’on se donne, et partir avec le chargement de glaces que le charmant bambin revendra au marché noir, sans la moindre pensée pour le gros amas de chair sanguignolante secoué des derniers spasmes de l’agonie qui n’en finit pas de se vider au milieu de l’allée du square, et que les mamans matinales et horrifiées découvriront le lendemain matin, enseveli sous un vivant tapis de corbeaux qui se repaissent avec bonheur du contenu de ses yeux et se délectent du goût de sa moelle…

    Moralité: on demande pas, on se sert!

    Comme quoi,

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